Quand la vie ne tient qu’à un fil

Je ne suis pas au fond de la piscine en compagnie d’Isabelle Adjani, mais j’ai quand même touché le fond  !
Tout ça à cause de l’indélicatesse, de l’incivilité crasse des humains, encore et toujours eux !
Alors que de petites mains délicates et infantiles, si peu rémunérées, avaient pris soin de me confectionner, de me faire rentrer dans un sac en plastique, de me déposer dans un carton, tout cela dans des conditions pitoyables, il faut bien l’avouer, pour enfin me faire disparaitre dans un énorme container où j’ai eu peur, des jours durant, de ne plus jamais revoir ni la chaleur du soleil ni la terre ferme.
Que d’angoisse j’ai vécue, me pensant abandonné, à peine terminé et malheureusement jamais porté !
Soudain, des mouvements inexpliqués me donnèrent le mal de mer. Le carton dans lequel j’étais, fut jeté sans ménagement sur une surface très dure. Et rebelote, je sentis du mouvement, cette fois à la lumière du jour, mais surtout sous une pluie diluvienne. Dans ma tête, tout se bousculait, mais qu’avais-je donc fait dans mes vies antérieures ? Je me souviens d’avoir été une pelote et encore avant sur le dos d’un mouton, pas de quoi payer cher dans cette vie.

La route fut longue, beaucoup trop longue pour mes toutes jeunes mailles. Je ne tenais plus qu’à un fil.
Enfin, la pluie et le voyage cessèrent. Avec mes compagnons d’infortune, on nous déchargea et on nous déballa. Deux mains robustes me déplièrent, me regardèrent avec dégout et d’un geste de dédain me jetèrent sans ménagement dans une grande poubelle où j’allais rejoindre d’autres pulls défaits par ce long périple.
Horreur et damnation, alors que le seul but de ma jeune vie était d’être porté, même cela on me le refusa.
Au moment où je vous parle, je suis suspendu à un arbre, poussé par des vents violents et complètement abandonné à mon triste sort, alors que mon plus grand rêve était de finir ma vie dans un défilé de Jean-Paul Gaultier. C’est trop injuste !

petit pull marine
une marinière jetée dans la nature est suspendue à un arbre

Cet article a 4 commentaires

  1. Toujours aussi réussi ! Bravo pour cette série inspirée de photos et « upcyclant » en art le gaspillage.

  2. BLANC Perrine

    Je compatis tellement envers ce beau petit tee shirt marin !! 🙂 L’humain est trop cruel, égoïste et stupide parfois !! Merci Mirelle HDB, tu es une fée de l’écriture !

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