Le jardinier, l’architecte, les dictateurs et Dieu

Je ne vais ni commencer cette chronique ni la finir par : « on va mettre tout le monde d’accord, qui est jardinier et qui est architecte ? ».

Cette guéguerre entre les auteurs qui aiment se dire « jardiniers » ou « architectes » n’a que trop duré !

Il y a vraiment de drôles de personnages chez les auteurs, auteures, autrices, romancières, écrivains, etc. Rien que dans la dénomination de ce métier, personne n’est d’accord !

Pour mes lectrices et lecteurs qui seraient perdus dans cette bataille, voici à peu près ce que cela signifie :

L’auteur-architecte, pour écrire son histoire, fait un plan détaillé avec un synopsis de chaque chapitre, de chaque personnage. Il utilise également plein de fichiers dans des logiciels parfois barbares comme Excel (qui a la base sert de feuille de calculs). Il suit son plan avec le plus de fidélité possible. Il planifie presque tout, même la fin ! Inutile de dire qu’il ne se perd pas hors des sentiers battus !

L’auteur-jardinier, lui, écrit comme on jette des graines dans un champ sans avoir une idée précise du résultat.

Le jardinier connaît les plantes, car il les a étudiées. Même si c’est probablement le plus rêveur des deux, cela ne l’empêche pas de travailler son jardin. Il bine, il enlève les mauvaises herbes, il arrose. Il donne de l’amour à ses plantes et observe le résultat prendre forme, jour après jour, mais il fait aussi confiance à la nature. Ce n’est donc pas parce que l’on est jardinier que l’on écrit n’importe quoi ni que l’on est un psychopathe si l’on prévoit minutieusement chaque plan dans les moindres détails, comme des meurtres prémédités.  

Nous sommes juste différents.

Il y a une autre catégorie que je nomme « les dictateurs ». Ceux-là sont convaincus mordicus que seuls les architectes font de bons auteurs, point barre ! Dans la population en général, la majorité des gens sont des dictateurs, car ils veulent que les autres se comportent et vivent comme eux. C’est probablement pour cette raison que le monde court à la catastrophe !

Trop d’egos surdimensionnés dans la nature tue la nature !

Pour ma part, j’ai envie de dire que je suis Dieu, ou pour faire moins prétentieuse, je suis une « maman ».

Mais finalement, c’est un peu pareil.

Pendant x mois (et cela peut varier, car certaines créations prennent beaucoup de temps, surtout la première oeuvre) une maman est cette femme qui va créer son propre univers, sa planète. À l’intérieur d’elle, ça bouge, ça pousse, ça prend forme et ça se construit. Un enfant comme une histoire prend du temps, de la patience, de l’amour et au final une extrême souffrance, mais également beaucoup de joie et d’émotion.

Après, l’histoire grandit. Elle sera aimée et parfois chahutée ou violemment critiquée. Les critiques, surtout celles qui sont méchantes gratuitement sans aucun fondement ou par jalousie font du mal. Car nous avons vu grandir cette histoire depuis la première lettre, la première phrase jusqu’au mot fin.

Alors un jour, après avoir traversé des tempêtes, des arcs-en-ciel, des naufrages et des ciels étoilés, il faudra la laisser partir pour qu’elle fasse sa vie , qu’elle suive son chemin, car l’histoire comme l’enfant est sa propre personne et ne nous appartient plus. Mais toujours dans notre cœur elle restera.

Pour finir, moi qui me dis « maman » comment puis-je savoir l’effet que cela fait puisque je n’ai jamais accouché et que je n’ai pas d’enfant ? Mais alors comment font les Mo Hayder, George R. R. Martin, Maxime Chattam, Fred Vargas ou autre Jean-Christophe Grangé  pour parler de meurtres avec moult détails, bien morbides, voire immondes ? Ils n’ont tué personne dans la vraie vie (jusqu’à preuve du contraire), mais arrivent quand même à écrire des romans fabuleux. Comment ? Et bien en créant un univers bien à eux, en puisant dans leur imagination débordante. Et l’imagination c’est aussi du travail, car cela se nourrit !

Alors, que l’on soit architecte, jardinier ou Dieu/maman, chacun fait ce qu’il lui plaît, tant qu’il respecte le lecteur (il peut évidemment le malmener un peu) et tant qu’il se respecte lui-même !

Et puis de toute façon, dans la réalité rien ne se passe jamais comme on l’avait planifié !

3 réflexions sur “Le jardinier, l’architecte, les dictateurs et Dieu

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