Nico, Manu et le jus de terre.

Le visage balourd des deux gendarmes me dit vaguement quelque chose. J’ai mal un peu partout, comme si j’avais fait un trop long voyage. Tout est confus, j’ai encore de la terre partout sur moi.

— Voulez-vous un café ? me demande l’homme qui porte des bottes en cuir aux bouts pointus.

Heureusement, j’ai toujours été excellente en langues étrangères, c’est pour cela que je capte tout de suite ce qu’il me dit. 

— Non, je préférerais un verre de jus de terre, s’il vous plaît.

— Nico, apporte l’alcootest, on a une cliente ! dit le cowboy à son acolyte.

— Et un « s’il te plaît » ça t’arracherait la gueule ? hurle le plus petit des deux qui n’arrête pas de balancer son épaule droite en avant.

 — Excusez-le, il n’y a pas si longtemps, il dirigeait une grande entreprise. Il a été mis à la porte et passe ses nerfs sur moi, le seul de ses collaborateurs qui l’ait suivi dans ce trou paumé.

— Bon, il vient mon jus de terre, j’ai soif moi ! lui dis-je en balançant mon épaule. Je commence déjà à faire du mimétisme.

— Oh ! Madame, vous n’allez pas non plus vous y mettre, me répond-il.

— Vous pouvez me dire exactement où je me trouve.

— Bugarach, crie celui qui se nomme Nico depuis une autre pièce.

— Mais encore ? 

— Ben, dans l’Aude quoi ! Vous ne connaissez pas votre géographie ? vocifère Nico dont le ton est de plus en plus agressif.

— Je viens de loin, vous savez, fais-je innocemment.

— C’est quoi encore que ce bazar, me demande Nico ? Manu va me chercher ce truc de couleur là, près de la dame.

— Faites attention ! C’est fragile, ma parole ! Ces deux-là n’ont pas l’air d’avoir inventé les trous noirs !

— Comment ça marche ? s’époumone Manu qui a le sourire d’un animal à quatre pattes dont le nom m’échappe.

— Ça ne marche pas, ça se pulse.

— Bon, contrôle son taux l’alcoolémie, elle commence à me courir sur le haricot la cagole ! aboie Nico.

— Soufflez Madame !

— C’est ce que je fais ! répliqué-je alors que leur gadget fond sous leurs yeux ébahis.

— Pétard ! mais vous carburez à quoi ? questionne Manu, stupéfait.

— Au jus de terre ! Et si vous vous décidiez enfin à m’en apporter un. 

— Bon Manu, coffre-moi ce spécimen et appelle JF, on a un allogène.

— Mais Nico, c’est quoi encore ce nom savant que tu nous sors ?

— Un gringo si tu préfères, cultive-toi un peu. Tu me fatigues à la longue avec ton ignorance crasse !

— T’es gonflé quand même, se plaint Manu, ça fait pas si longtemps que tu sais lire et…

— Bon vous deux là, passez-moi mon pulsomètre. Oui, ce que vous m’avez confisqué. J’ai le droit à un coup de fil non ? Vous ne captez pas les séries policières ?

Nico et Manu se regardent sans vraiment comprendre.

— On ne peut pas vous rendre ce truc, qui nous dit que ce n’est pas une arme ?

— Moi je vous le dis. Passez-moi les menottes si vous préférez. Vous n’avez qu’à déposer mon pulsomètre sur la table devant moi.

— Manu, passe-lui les menottes et serre bien, je ne veux pas d’embrouille, ordonne Nico en balançant de plus en plus son épaule.

— Pourquoi c’est toujours moi qui me colle aux trucs dangereux ? se plaint Manu.

— Parce que c’est moi qui commande, réponds Nico en ce levant sur les pointes de pieds pour paraître plus grand.

En marmonnant quelque chose dans sa barbe de cinq jours, Manu s’approche de moi, je lui tends les mains et il me menotte. Le contact froid de l’acier me donne des frissons et je me sens humaine pour la première fois.

— Voilà votre truc là et pas d’entourloupe, OK ?

— Non, non. je réponds avec mon plus beau sourire. Un sourire que j’ai piqué à Marilyn Monroe dans son film inachevé où elle se baigne nue dans de l’eau bleue. J’active le pulsomètre et je demande tout de suite des explications. « 111 100 001 010 101 011 111 111 111 100 000 101 010 101 001 000 010 100 101 011 111″.

— On n’avait dit pas d’entourloupe, hurle le petit Nico, de plus en plus excédé.

— Je communique simplement avec les miens.

— C’est qui les vôtres, d’où vous-venez  ? Manu tremble comme une feuille d’aluminium.

—11 110 101 101 010 111 111 111 111 111 111 111 111 110 000 111 000 111 100 000. Ah ! Je commence à comprendre, qu’ ils sont drôles !

— Mais à qui vous parlez là, si on peut appeler ça parler ?

— Mes collègues Erisiens m’ont fait une blague pour mon 134340e transnéptusien. Ils m’ont cosmopropulsée sur la planète où les habitants sont les plus sous-développés. Et je dois dire que j’ai devant moi deux spécimens très intéressants.

Je profite de leur stupéfaction pour les envelopper de mon aura. Voilà un beau cadeau que je vais pouvoir rapporter à la maison. On va bien s’amuser !

Publié par Mirelle HDB

conquérante de l'imaginaire

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